Nouvelle / La petite histoire de Daniel Corriveau

La petite histoire de Daniel CorriveauMardi, 8 janvier 2013

Nous sommes le 10 avril 1994.  Le Casino de Montréal est un établissement encore tout vert, fêtant ses six premiers mois d'activité à peine.  Ça va alors franchement bien pour le casino fraichement inauguré.  La fréquentation dépasse du double les estimations prévues et, alors que le printemps se pointe, le plus gros problème demeure le manque criant de lots de stationnement autour de l'établissement de l'île Notre-Dame.


Qui opère des jeux d'argent fait toutefois face à une meute de joueurs tentant de tirer toute ficelle pouvant lui procurer un avantage sur la maison et, si cette réalité théorique est partagée par tous les dirigeants de casino du monde, elle s'apprête à éclater au visage de ceux du Casino de Montréal.  Le casino opéré par Loto-Québec s'apprête à vivre son premier scandale, gracieuseté d'un jeune mathématicien Daniel Corriveau.  


Était-ce une simple tentative fortuite, une intuition scientifique ou encore le résultat d'une observation concrète du jeune homme?  Chose certaine, Daniel Corriveau, entouré de son frère jumeau et de sa copine, passa plusieurs mois au Casino autour de la zone réservée au keno.  Ce dernier prit le soin de noter les différents résultats obtenus, puis de systématiquement compiler le tout dans son ordinateur personnel afin d'en étudier la distribution.


Puis, le 10 avril 1994, le jeune homme se présenta au caissier avec un billet gagnant de 19 chiffres sur 20.  Ce lot, excessivement rare, lui permettait de décrocher 200 000$.  Incapable de contenir son excitation ou désirant plutôt maximiser ses gains rapidement, Corriveau rejoua une nouvelle partie... puis une autre.  Trois parties, trois billets avec 19 chiffres sur 20 obtenus, trois fois 200 000$ remportés.  Il n'en fallait pas plus (en fait, il est même surprenant qu'il ait pu poursuivre sa série jusqu'à trois!) pour que le Casino ferme le jeu et appelle la police pour enquêter sur la situation.  Simple coup de chance pour le jeune Québécois?  Les chances de remporter ce lot deux fois d'affilés sont évaluées à une sur 8 679 486 230 000 000 000 000 000 000 000.  Autrement illustré, si une partie ne durait qu'une seconde et que le jeu était joué 24 heures par jour, 365 jours par années, l'exploit de Corriveau ne se produirait qu'une fois pour chaque période de 93 millions d'années.  Aucun dirigeant de casino de l'histoire du jeu n'avait jusqu'ici vu un tel scénario se produire.  Bref, sans savoir ce que c'était exactement, comme on dit communément ici,  il y avait anguille sous roche.


"Aucun commentaire ne sera fait par le casino aujourd'hui" fut la seule réaction que les journalistes purent alors obtenir.  Or, déjà, des rumeurs sur le vol de puces informatiques liées à la machine keno faisaient écho.   Le porte-parole de la police provinciale, Richard Bourdon, proclama même que la liste principale était liée à la disparition de ces micro-puces pendant trois semaines à l'automne précédent.  On apprenait par le fait même que les machines keno n'avaient toutefois pas été inspectées tel que le demande la loi québécoise.  Le critique en matière de finances du Parti Québécois, Jacques Léonard, demandait dès lors une enquête sur l'incident qui, selon ses propres mots, avait entaché la réputation du casino.   Bref, ça regardait mal pour la société d'État.  


Fait à noter que l'histoire faisait alors état de deux gains consécutifs, le casino se gardant évidemment bien de faire alors état du troisième gain enregistré par Corriveau.


D'ailleurs, qu'avait à dire le principal intéressé sur cette improbable série de gains?  Ce dernier, probablement alors le mieux placé pour connaître l'impossibilité statistique de son exploit, ne fit pas l'erreur d'invoquer le chance.  Il affirma plutôt avoir utilisé la théorie mathématique du chaos afin de prédire les séries de résultats, puis de faire ses propres choix en conséquence.  Une déclaration osée qui ne manqua pas d'attirer l'intérêt des mathématiciens du monde, qui voyaient mal comment cette théorie nouvellement posée  avait pu être utilisée par un jeune étudiant afin d'accomplir un exploit aussi remarquable que de prédire des résultats supposément aléatoires.


Il fallut moins de deux semaines afin que la Régie des Alcools, des Courses et des Jeux rende son verdict.  Loto-Québec allait devoir payer la somme de 600 000$ à Daniel Corriveau, lui qui n'était ultimement coupable d'aucune fraude.  Le blâme était posé sur un générateur de nombres aléatoires déficient, reproduisant les séquences de loteries.  N'en déçoive les mathématiciens alors franchement captivés, la théorie du chaos n'avait rien à voir.  Simplement en notant les séquences de chiffres, Corriveau découvrit une répétition qui n'aurait jamais du se produire.  Une observation suffisamment longue et assidue lui permit d'accomplir le rêve de bien des joueurs, soit de déjouer le casino et ce, pour une somme d'argent substantielle.


Mais qu'est ce qui est véritablement arrivé?


Pour le grand public, c'est là que l'histoire s'arrête généralement.  On blâma le manque de rigueur du casino nouvellement ouvert et on tourna la page.  Or, cette histoire de micro-puces avait été mal comprise, mais n'était pas étrangère au problème réellement vécu au Casino de Montréal.  Pour comprendre ce qui arriva véritablement, il faut comprendre la nature des générateurs de nombres aléatoires.


Un générateur de nombres aléatoires n'est pas une machine en soit, mais bien un programme permettant de produire ce qui se rapproche le plus au hasard pur.  Le Casino de Montréal, pourtant si récent comme établissement, avait-il acheté un générateur déjà déficient?


Pas du tout.  Le générateur utilisé était en fait l'un des meilleurs alors offert à travers l'industrie, et était couramment utilisé dans les différents casinos de Las Vegas, notamment.  Qu'est-ce qui explique alors les événements du 10 avril 1994?


Un générateur de nombres aléatoires utilise des formules mathématiques afin de dériver, à partir d'une série source de chiffres, une série subséquentes de résultats qualifiés d'aléatoires.  Ces séries dérivent alors une de l'autre sans produire de correspondance identifiable.  Elles sont, à cet effet, véritablement aléatoires.  Or, ces cycles ont également une fin.  Par exemple, un générateur de nombres aléatoires bien connu, celui développé par le Dr. John Gwynn afin de tester les systèmes de blackjack, proposera une série de 2.7 milliards de résultats aléatoires à partir d'une série source de chiffres.  Or, une fois ce cap passé, la même série se reproduira si la série source de chiffres proposée au générateur est la même.  Elle ne commencera pas nécessairement au même point, mais elle se reproduira dans le même ordre.


Bon, cela n'est qu'un problème à l'apparence théorique et ce, pour deux raisons.  La première est que ces séries sont d'une longueur telle qu'il apparaît illusoire de les noter suffisamment longtemps pour en tirer profit.  La seconde, la principale en fait, est que la série source générant la suite de nombres aléatoires ne sera jamais la même.  Afin de la rendre imprévisible,  on utilise une source initiale imprévisible, les décimales en nanosecondes de l'horloge interne du générateur par exemple, ou encore les décimales de la température interne du processeur, etc.  Bref, le système aléatoire, lorsque correctement utilisé, fonctionne à merveille.


Et c'est là que le bas blesse.  En effet, le Casino de Montréal n'avait pas acheté cette puce nécessaire afin de modifier la série de nombres initiale alimentée au générateur.  La direction du casino, disposant alors d'une mince expérience, ne constata pas que cette pièce était manquante, ou jugea incorrectement de son importance dans le générateur.  Après tout, ce dernier fonctionnait bel  et bien sans lui!


Ce n'aurait probablement jamais été un problème que cette pièce soit manquante, si ce n'était d'une autre réalité circonstancielle du casino de Montréal.  En effet, on a déjà établi que les séquences aléatoires étaient suffisamment longues pour être carrément inutilisables.  Pourquoi cela fut-il différent dans le cas de Daniel Corriveau?


La réponse produit du fait que jadis, le Casino n'opérait pas 24h par jour, et fermait donc ses jeux chaque nuit afin de les rouvrir au matin. Faute d'une puce primordiale, la longue séquence aléatoire était non-seulement créée à partir de la même séquence de chiffres initiale, mais cette série était stoppée chaque soir puis reprise au point initial le lendemain!  Soudainement, le jeu de keno au casino de Montréal n'avait plus rien d'imprévisible.  Daniel Corriveau s'en rendit compte et sut en profiter, trois fois plutôt qu'une.  Pour ça, Corriveau inscrivit clairement son nom dans l'histoire du jeu, non pas seulement au Québec, mais bien comme leçon mondialement partagée parmi les différents opérateurs de casino!


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Sources

http://www.blackjackforumonline.com/content/how_to_beat_keno.htm

https://groups.google.com/forum/?fromgroups#!topic/rec.gambling/ajtRcISjZ_k

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